Chakhrissabz , cette ville centroasiatique ancienne et éternellement jeune, a fêté en 2002 son 2700 anniversaire. Aujourd"hui cette belle ville présente au monde les valeurs séculaires de l`Ouzbékistan, l`ancienneté et la sainteté de ce pays. Au cours de longues années de son histoire Chakhrissabz a suvécu beaucoup d`événements. Plusieurs fois les cataclysmes naturels et les invasions des ennemis la ruinaient de fond en comble, mais elle rassemblait ses forces et se renaissait de ses cendres, devenant encore plus belle et manifestant son amour de la vie et son invincibilité. Et aucunes épreuves les plus rudes, aucunes invasions et guerres n`ont pas pu la faire disparaître.
Chakhrissabz était de tout temps “le sommet de la science et de la spiritualité”, le point crucial des connaissances, de la culture et des arts. Depuis des temps immémoriaux la ville était connue pour ses artisans maîtres qui ont construit Ak-Saray, Dorul-Tilavat, Dorul-Saodat, Kok-Gumbaz et d`autres monuments architecturaux incomparables. Y ont vécu les grands hommes de l`Orient: les saints Abu Muhammad Kechi, Chamsiddin Kulol et Khazrati Bachir; les poètes et savants Firoki et Khiromi, Ravnaki et Fakiri qui ont rendu Chakhrissabz célèbre loin de ses frontières.
Il est à noter que Chakhrissabz a changé plusieurs fois de nom : Gava Sugda, Nautaka, Kech.
Gava Sugda.
Il y a plusieurs siècles, Kech était une région qui se composait de nombre de roustaks - districts dans les limites de la chaîne de montagnes Zarafshan et Gouzardarya. En effet, l"histoire de Kech est beaucoup plus ancienne, ses origines sont liées à la période du développement des villes les plus anciennes sur le territoire de l"Asie Centrale.
Dans les années 80 du 20 siècle dans l`oasis Kitab-Chakhrissabz les archéologues de l`université de Tachkent ont découvert les ruines de la cité Ouzounkyr qui occupait un territoire de 70 hectares. Aux 7 - 6 siècles avant J.C. Ouzounkyr fut entouré d`un puissant mur et avait une citadelle intérieure. Non loin d`Ouzounkyr se situait la citadelle Sanguirtepa entourée de deux murailles en pisé 10 mètres de large chacune. C`est pourquoi elle a reçu le nom "Sanguir" ce qui veut dire “la forteresse de pierre”.
Les constructions les plus anciennes sur le territoire de Sanguirtepa date des 9 - 8 siècles avant J.C. À cette époque-là l`une des régions de la Sogdiane était connu sous le nom de Gava Sugda que l`on peut traduire comme “la cité sogdienne”. À propos, le terme "Gava" ou "Gau" était largement répandu dans les oasis Kitab-Chakhrissabz et Yakkabag, ainsi que dans les montagnes voisines. Probablement, c`est la partie orientale de la vallée de Kachkadarya qui s`appelait "Gava Sugda" il y a 2900 – 2800 ans.
Nautaka.
Il y a plus de 23 siècles, à l`époque d"Alexandre le Grand, la province sogdienne sur l`emplacement actuel de Chakhrissabz s`appelait Nautaka. L`armce grecque, ayant supprimé la Perse achéménide et pacouru au cours de cinq années de la guerre une distance énorme entre les Balkans et le nord de l`Afghanistan, s`approcha enfin de l`Oxus (Amu-Darya) et de l`ancienne Nautaka où se cachait des conquérants le satrape de la Sogdiane et de la Bactriane, Bess. Il a tué perfidement le dernier roi de la dynastie Achéménide Darius III et s"est proclamé le roi de l`Asie. Mais dans la province de Nautaka, dans un petit village entouré d`une muraille avec des portes, Bess fut capturé par un chef de guerre d"Alexandre, Ptolémée Lagus. Dans les contreforts de la chaîne de montagnes Yakkabag les archéologues ont trouvé les ruines de ces villages entourés autrefois de remparts.
Gava Sugda a commencé à s`appeler Nautaka au 7 - 6 siècles avant J.C. La plupart de chercheurs croient que le mot sogdien "Nautaka" se traduit par “la nouvelle cité”. En même temps, d`autres spécialistes supposent que l`origine de ce mot est liée à la construction de la puissante forteresse Ouzunkyr avec une muraille massive. Ainsi, ils trouvent que l`on peut comparer le mot "taka" à la signification des mots "la puissance", "la force". Outre cela, Nautaka était non seulement la ville, mais aussi une vaste région peuplée par les sogdiens entre les montagnes Zarafchan et Uradarya.
Au début de 327 avant J.C. Alexandre avec son armée fit halte à Nautaka. Il choisit cet endroit non seulement pour sa terre fertile qui approvisionnait de l`alimentation et du fourrage, mais pour des raisons purement stratégiques. Au printemps Alexandre se dirigea vers la citadelle de Sogd située dans les montagnes de Gissar, où se cachaient les sogdiens insoumis sous la conduite d`Oxiart. Les ramparts de la citadelle de Sogd ont frappé Alexandre, mais ne l`ont pas effrayé. Le roi macédonien voulut éviter l`effusion de sang et proposa à Oxiart de capituler. Mais le régent de Nautaka fut sûr que seulement les dieux pouvaient prendre d`assaut sa forteresse imprenable. Alors Alexandre choisit trois cents Thrakiens, Thessalien et Macédoniens et leur donna l"ordre de s"emparer de la forteresse sogdienne. Sous couvert de la nuit ce groupe de soldats sous le commandement de Clitus a atteint le château. Les assiégés furent obliges de se rendre. Non seulement Oxiart lui-même fut capturé, mais aussi toute sa famille, y compris la belle Roksane qui est devenue par la suite la femme d"Alexandre. Leur fils Alexandre IV fut le dernier roi de la dynastie macédonienne. Probablement, pendant cet hivernage Alexandre a eu l`idée de faire marier ses chefs d"armée avec les femmes Sogdiennes et Baktriennes pour consolider ses conquêtes. C`était une fusion originale des traditions et cultures orientales et occidentales.
Suhé (Susé).
Vers le 3 siècle avant J.C. l`ancienne ville d"Ouzounkyr fut abandonnée. Un nouveau centre de la province fut fondé sur l`emplacement de l`actuel Kitab sur la rive droite d`Aksudarya. Dans les sources historiques écrites il est connu comme Suhé ou Susé. Probablement, ce terme est la forme altérée du mot sogdien "Sugud" ou avestique "Sugda", c`est-à-dire "Sogdiane". La ville antique sur l’emplacement de Kitab occupait un territoire presque 40 hectares, avait une puissante citadelle, la partie résidentielle fortifiée et la banlieue. Il existait jusqu`à la fin du 8 siècle.
Kech.
L`ancienne ville sur l`emplacement de Kitab a atteint son essor au 7 siècle, quand elle reçoit le nom Kech. Les sources écrites et les inscriptions sur les pièces nous donnent les noms des trois régents de Kech de cette période - Ditchjé (fin 6 - début 7 siècles), Chich-Pir (jusqu`au milieu du 7 siècle) et Akhurpat (seconde moitié du 7 siècle). Sous Сhiсh-Pir Kech a établi les relations diplomatiques avec les États voisins de l"Orient et est devenu la capitale de tout le Sogd.
À l’époque médiévale Kech se situait sur une plaine populeuse et fut entouré de nombreux villages et jardins. La ville avait une muraille et se composait de quelques quartiers résidentiels. La production artisanale et la construction, ainsi que le commerce se développaient à Kech, situé sur le croisement des routes caravanières qui menait à Samarcande, l`oasis de Tachkent, la vallée de Fergana et aux pays du Moyen-Orient.
En 699 Kech fut conquis par les arabes sous le commandement de Muhallab. Jusqu`au milieu du 8 siècle le peuple de Kech s`opposiat à l`ennemi et ne voulait pas reconnaître le pouvoir du califat. Durant cette période difficile les Arabes organisaient bien des fois des expéditions punitives dans la province de Kech.
En 776 Kech est devenu pour 25 ans le centre du mouvement antiarabe sous la conduite de Mukanna ("le prophète voilé"). Au cours de l`étouffement de cette insurrection nationale Kech fut détruit et vers le 9 siècle cette ville autrefois animée se dépeupla et restait inhabitée jusqu`au 18 siècle. Les géographes arabes notent que la vieille ville et la forteresse furent détruite, mais la mosquée cathédrale et la prison fonctionnaient et la banlieue de Kech fut bien aménagée
Une nouvelle cité se forma à 7 km vers le sud de Kech - Kitab dans la limite de ses anciennes alentours agricoles, sur l`emplacement de l`actuel Chakhrissabz, qui sёappelait aussi Kech et continuait l`histoire de la culture urbaine de l`oasis. Vers le 12 siècle la ville commerçante et artisanale sur l`emplacement de l`actuel Chakhrissabz a atteint des dimensions assez considérables. Depuis la fin du 14 siècle le vieux nom de la ville - Kech se transforme en Chakhrissabz. À cette époque-là ce fut une ville verte avec des bâtiments magnifiques. L`auteur médiéval Mahmud ibn Vali écrivait sur Chakhrissabz : "Kesh est l`une des villes de Maverannakhr - on le trouve l`une des plus belles places du monde avec un climat favorable. Ses champs et ses vastes étendues sont très beaux".
Chakhrissabz - la ville d`Amir Timour.
Le 9 avril 1336 dans le kichlak Khodja-ilgar près de Chakhrissabz, dans la famille d`un bek (noble) de la tribu barlas Taragay est né un garçon – Timour, le futur Tamerlan, grand homme d`État et chef de guerre. Dans cette ville il passa son enfance et sa jeunesse, dans cette ville il se forma comme personnalité; Chakhrissabz fut pour Timour un refuge sacré où étaient enterrés son père Taragay et son précepteur spirituel Chams ad-Din Kulal, ses enfants aînés Djakhanguir et Omar Cheikh. Chakhrissabz est devenu la deuxième capitale de l`empire immense de Tamerlan qu`il aménageait et décorait. La construction majestueuse - le palais immense Ak-Saray fut sans pareil à cette époque-là.
Malheureusement, le temps n`a pas ménagé cette construction remarquable. À la fin du 16 siècle ce monument architectural fut détruit. Nous ne pouvons juger de sa grandeur que par les fondements conservés du portail. Ak-Saray reste toujours un chef-d`oeuvre médiéval de la mosaïque ornementale. Une inscription immense sur le portail d`Ak-Saray dit : "Si tu veux te persuader de notre puissance - regarde à nos constructions".
Les monuments de l`époque timouride se sont mieux conservés dans la partie sud-ouest de la ville. Ce sont pour l`essentiel les vestiges du grandiose ensemble funèbre qui comprend le mausolée Dorus-Saodat (“la Maison du Bonheur") avec le tombeau du fils aimé d`Amir Timour - Djakhanguir. Cet ensemble est devenu le tombeau de famille de la dynastie des Timourides.
Un autre ensemble funèbre est Dorus-Tilovat (“la Maison de contemplation“) qui se compose de deux mausolées - Khazret Cheikh (de Chamseddine Kulal) et Gumbezi Seyidan, ainsi que la mosquée cathédrale Kok-Gumbaz (“le Dôme bleu“).
Au 15 siècle Chakhrissabz avait une forme rectangulaire et se subdivisait en quartiers. Dans la partie nord-ouest de la ville habitaient l`aristocratie et la clergé locales dont les maisons se situaient non loin du palais Ak-Saray. La rue centrale depuis la porte de Termez divisait Chakhrissabz en deux parties presque égales. Dans le centre de la ville elle croisait une autre rue qui reliait les portes est et ouest. Ici se trouvait la coupole marchande Chorsou. Les fortifications de la ville furent entourées d`un large fossé profond avec des ponts-levis. Dans la banlieue il y avait une multitude de jardins et de maisons.
À présent la ville de Shakhrissabz située sur le territoire de l`Ouzbékistan indépendant est le centre historique et culturel de l`oasis de Kachkadarya qui a conservé son aspect traditionnel.
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